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8mar/170

Le pouvoir des femmes: de la fiction à la réalité

La Journée Internationale des Femmes est l’occasion pour la librairie Molière de vous présenter une sélection d’ouvrages que nous avons particulièrement appréciés et qui ont pour point commun de mettre en scène des parcours de vie de femmes fortes.

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La bande dessinée « Idéal standard » n'est pas seulement une histoire de jeune femme célibataire en pleine crise de la trentaine. L'album met en scène avec force les contradictions de la femme occidentale postmoderne. Elle se débat pour trouver l'épanouissement personnel, tiraillée sans fin entre idéal féministe et conformité sociale.

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Avec les deux tomes de « Culottées », Pénélope Bagieu prouve, au travers des portraits d'une trentaine de femmes qui se sont battues pour mener une vie de femme libre, que cela peut être tous les jours la journée de la femme. On est enchanté par la diversité de ces destins de femmes qui ont repoussé chacune à leur manière les cases dans lesquelles on a voulu les cloisonner. Quand BD rime avec légèreté, liberté et égalité !

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Dans la collection « Ceux qui ont dit non » chez Actes Sud, on découvre de nombreuses  femmes qui ont osé prendre la parole pour défendre des causes essentielles. Anna Politkovskaïa, par exemple,  a dit « non » à la peur de s'exprimer en tant que journaliste russe ; Marie Durand a dit « non » à l'intolérance religieuse en tant que personnalité protestante du XVIIIè siècle ; Rosa Parks s'est indignée contre la discrimination raciale aux Etats-Unis, … bien d'autres exemples de résistance féminine sont disponibles dans la collection. Figures fortes de notre histoire, toutes ces femmes ont marqué les esprits et ont incontestablement contribué à faire évoluer les mœurs.

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Une jeune fille qui se bat contre les préjugés. Esther, jeune fille de 14 ans, se retrouve livrée à elle-même après un naufrage. Courageuse, elle prend son destin en main et embarque pour le Nouveau Monde. Une héroïne téméraire et déterminée, prête à tout pour préserver sa liberté. Une aventure historique pleine de rebondissements, inspirée d'une histoire vraie. A partir de 12 ans.

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L'héroïne de ce roman est une femme indocile dans un pays où il vaut mieux être n'importe quoi d'autre et si possible un volatile. On l'a jugée, on l'a condamnée, on va la lapider. Qui lui lancera la première pierre ? Qui du juge au désir enfoui ou de la reporter américaine aux belles intentions lui ôtera la vie ? Le roman puissant de Saphia Azzeddine est l'histoire d'une femme, frondeuse et libre, qui se réapproprie Allah. Une superbe histoire sur le courage d'une femme qui reste fidèle à ses convictions profondes, et sur l'obscurantisme religieux et sociétal qui aveugle certains hommes. Un roman puissant et plein d'émotion.

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Et ce livre fait le buzz depuis sa parution… rédigé sous la forme d’une lettre adressée à une amie désireuse de recevoir des conseils pour éduquer sa fille contre les raisonnements sexistes, Chimamanda Ngozi Adichie nous offre un récit percutant qui met en lumière des situations concrètes que tout un chacun peut traverser, mettant le doigt sur les pièges qui contribuent à conforter les préjugés de nos sociétés actuelles.

 

Cliquez ici pour découvrir la liste complète de cette sélection : http://www.moliere.com/fr/motheme/theme/products/id/317/

14mar/160

Une brève histoire de l’humanité

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Traversant plusieurs disciplines des sciences et des sciences sociales, ainsi que la philosophie ou la théologie, Sapiens retrace une histoire de l'humanité, des révolutions majeures qui l'ont marquée et des effets qu'elles ont eues sur l'humain et son environnement. En s'aidant des découvertes les plus récentes (jusqu'à 2012 en tout cas, date de la publication en langue originale), Harari tente de mettre au jour les mécanismes souvent laissés de côté par la biologie sur l'évolution sociale de l'homme. Il pointe et explicite certains des mythes fondateurs de l'humanité et garantissant la cohésion nécessaire à l'expansion sans précédent de son espèce, mythes mis en place pour la plupart inconsciemment, comme les religions, les idéologies, les systèmes économiques ou la culture.

"Comment Homo Sapiens a-t-il réussi à [...] fonder des cités de plusieurs dizaines de milliers d'habitants et des empires de centaines de millions de sujets ? Le secret réside probablement dans l'apparition de la fiction. De grands nombres d'inconnus peuvent coopérer avec succès en croyant à des mythes communs.

Toute coopération humaine à grande échelle - qu'il s'agisse d'un état moderne, d'une église médiévale, d'une cité antique ou d'une tribu archaïque - s'enracine dans des mythes communs qui n'existent que dans l'imagination collective. Les Églises s'enracinent dans des mythes religieux communs. Deux catholiques qui ne se sont jamais rencontrés peuvent néanmoins partir en croisade ensemble ou réunir des fonds pour construire un hôpital parce que tous deux croient que Dieu s'est incarné et s'est laissé crucifier pour racheter nos péchés. Les États s'enracinent dans des mythes nationaux communs. Deux Serbes qui ne se sont jamais rencontrés peuvent risquer leur vie pour se sauver l'un l'autre parce que tous deux croient à l'existence d'une nation serbe, à la patrie serbe et au drapeau serbe. Les systèmes judiciaires s'enracinent dans des mythes légaux communs. Deux juristes qui ne se sont jamais rencontrés peuvent néanmoins associer leurs efforts pour défendre un parfait inconnu parce que tous deux croient à l'existence des lois, de la justice, des droits de l'homme - et des honoraires qu'ils touchent.
Pourtant, aucune de ces choses n'existe hors des histoires que les gens inventent et se racontent les uns aux autres. Il n'y a pas de dieux dans l'univers, ni lois ni justice hors de l'imagination commune des êtres humains.

Nous comprenons aisément que les "primitifs" cimentent leur ordre social en croyant aux fantômes et aux esprits, et se rassemblent à chaque pleine lune pour danser autour du feu de camp. Ce que nous saisissons mal, c'est que nos institutions modernes fonctionnent sur la même base. Prenez l'exemple du monde des entreprises. Les hommes d'affaires et les juristes modernes sont en fait de puissants sorciers. Entre eux et les shamans tribaux, la principale différence est que les hommes de loi modernes racontent des histoires encore plus étranges."1

Pour prendre un exemple plus précis du côté imaginaire de ces mythes et de ces réappropriations possibles, Harari s'intéresse au concept de naturalité. On entend souvent (trop à mon goût) l'idée qu'un comportement serait ou pas naturel parce que la science ou Dieu l'explique ainsi, ou encore parce que c'est instinctif. Il n'y a rien de plus culturel que la naturalité, si vous questionnez dix personnes des référents culturels identiques au vôtres sur leur définition de ce concept, vous aurez dix réponses différentes. Imaginez si vous changez de continent... À partir de ce simple exemple, il montre de quelle manière les fictions actuelles peuvent légitimer l'encouragement ou l'interdiction d'un comportement.

"Comment distinguer ce qui est biologiquement déterminé de ce que l'on cherche simplement à justifier à travers les mythes biologiques ? "La biologie permet, la culture interdit" est une bonne règle empirique. La biologie est disposée à tolérer un très large spectre de possibles. C'est la culture qui oblige les individus à en explorer certains tout en en interdisant d'autres. La biologie permet aux femmes d'avoir des enfants, mais certaines cultures les obligent à réaliser cette possibilité. La biologie permet aux hommes de goûter ensemble aux joies du sexe : certaines cultures leur interdisent d'en profiter.

La culture a tendance à prétendre qu'elle interdit uniquement ce qui est contre nature. Dans une perspective biologique, cependant, rien n'est contre nature. Tout ce qui est possible est aussi naturel, par définition. Un comportement réellement contre nature, ne saurait tout simplement pas exister, en sorte qu'il ne nécessiterait aucune interdiction. Aucune culture ne s'est jamais donné la peine d'interdire aux hommes de photosynthétiser, aux femmes de courir plus vite que la lumière ou aux électrons négatifs d'être attirés l'un par l'autre.

En vérité, nos idées de ce qui est "naturel" et "contre nature" ne viennent pas de la biologie, mais de la théologie chrétienne. Théologiquement, est "naturel" ce qui est "en accord avec les intentions du Dieu qui a créé la nature". Selon les théologiens chrétiens, Dieu a créé le corps humain, entendant que chaque membre et chaque organe servent une fin particulière. Si nous nous servons de nos membres et de nos organes aux fins envisagées par Dieu, c'est une activité naturelle. Les utiliser autrement est contre nature. En revanche, l'évolution n'a pas de dessein. L'évolution des organes n'a pas suivi un dessein, et leur usage est en perpétuel mouvement. Il n'est pas un seul organe du corps humain qui fasse uniquement le travail que faisait son prototype à son apparition, voici des centaines de millions d'années. Les organes évoluent afin de remplir une fonction particulière, mais dès lors qu'ils existent, ils peuvent être aussi adaptés à d'autres usages. La bouche, par exemple, est apparue parce que les tout premiers organismes multicellulaires avaient besoin d'un moyen d'ingurgiter les nutriments. Nous nous servons encore de notre bouche à cette fin mais aussi pour embrasser, parler et, si nous sommes un Rambo, dégoupiller les grenades à main. Tous ces usages sont-ils contre nature pour la simple raison que, voici 600 millions d'années, nos vermisseaux d'ancêtres ne faisaient rien de tout cela avec leur bouche?"2

Cet extrait est à mon sens un des points essentiels du livre, comment questionner notre monde en sachant que nos présupposés et nos repères sont au final des jalons imaginaires partagé par au moins une partie de la population. Cela met entre autres à notre disposition suffisamment d'arguments pour balayer d'un revers de la main les fondements de toute discrimination, tout en montrant pourquoi et comment elles sont si difficiles à éradiquer. Sapiens est un livre fort, une réflexion globale et très documentée dans laquelle Harari fauche à ras du sol les tiges pourrissantes de tout système de pensée sectaire, bouffi de ses propres certitudes, imposant une vision unique et réductrice de l'humanité et son histoire. En effet, ce texte est extrêmement riche et fouillé, balayant un spectre pluridisciplinaire de points de vue qui s'éclairent mutuellement et se complètent. Il permet d'avoir un aperçu des changements qui ont été opérés et ont affecté l'humanité depuis les premiers hominidés, jusqu'à ce qui pourrait être la fin de l'espèce Homo Sapiens telle qu'on la connait actuellement. Pour le lecteur qui souhaite creuser un peu, les notes de bas de page fourmillent de références bibliographiques (la plupart non traduites en français). 

Malgré la richesse de cet ouvrage et tous les éléments positifs qui ont été amenés, il y a comme un arrière-goût désagréable laissé par l'impression (ou la confirmation, plutôt) que le mythe économique est au final le plus universel, le plus durable et le plus efficace de l'histoire de l'humanité, ce que personnellement, je ne peux m'empêcher de trouver un peu déprimant.

"Avec le concours de la psychologie populaire ("Just do it!"), le consumérisme s'est acharné à convaincre que le sybaritisme est une bonne chose, tandis que rester frugal, c'est s'opprimer soi-même.

Il a réussi. Nous sommes tous de bons consommateurs. Nous achetons d'innombrables produits dont nous n'avons pas réellement besoin et dont, hier encore, nous ignorions l'existence. Les industriels conçoivent délibérément des produits éphémères et inventent inutilement de nouveaux modèles de produits qui donnent pourtant entière satisfaction. Mais il nous faut les acheter pour rester "in", dans le coup. Le shopping est devenu un passe-temps favori, et les biens de consommation sont désormais des médiateurs essentiels dans les relations entre membres de la famille, époux et amis. Les fêtes religieuses comme Noël sont devenues des fêtes du shopping! Aux États-Unis, même le Memorial Day - initialement, une fête solennelle pour honorer la mémoire des soldats tombés au champ d'honneur - est aujourd'hui prétexte à des ventes spéciales. La plupart des gens marquent ce jour en faisant des courses. Peut-être pour prouver que les défenseurs de la liberté ne sont pas morts en vain.

L'épanouissement de l'éthique consumériste est on ne peut plus clair sur le marché de l'alimentation. Les sociétés agricoles traditionnelles vivaient dans l'ombre effroyable de la famine. Dans le monde d'abondance qui est le nôtre, l'un des principaux problèmes de santé est l'obésité, qui frappe les pauvres (lesquels se gavent de hamburgers et de pizzas) plus fortement encore que les riches (amateurs de salades bio et de jus de fruits). Chaque année, la population américaine dépense plus d'argent en régimes qu'il n'en faudrait pour nourrir tous les gens qui ont faim dans le reste du monde. L'obésité est une double victoire pour le consumérisme. Au lieu de manger peu, ce qui provoquerait une récession économique, les gens mangent trop puis achètent des produits diététiques - contribuant ainsi doublement à la croissance économique.

Comment faire cadrer l'éthique consumériste avec l'éthique capitaliste de l'homme d'affaires, suivant laquelle il ne faut pas dilapider les profits mais les réinvestir dans la production ? Élémentaire. Comme dans les périodes antérieures, l'élite et les masses se partagent le travail. Dans l'Europe médiévale, les aristocrates insouciants dépensaient leur argent en luxes extravagants, tandis que les paysans vivaient frugalement, comptant chaque sou. De nos jours, la table a tourné. Les riches prennent grand soin de gérer leurs actifs et investissements alors que les moins nantis s'endettent pour acheter des voitures et des télévisions dont ils n'ont pas vraiment besoin.

Les éthiques capitaliste et consumériste sont les deux côtés de la même médaille, la fusion de deux commandements. Le commandement suprême du riche est : "Investis!" Celui du commun des mortels : "Achète!"

L'éthique capitalistico-consumériste est révolutionnaire d'un autre point de vue. La plupart des systèmes éthiques antérieurs proposaient aux gens un marché assez rude. Ils leur promettaient le paradis, si seulement ils cultivaient la compassion et la tolérance, dominaient l'envie et la colère et refrénaient leurs intérêts égoïstes. Pour la plupart, c'était trop dur. L'histoire de l'éthique est la triste histoire de merveilleux idéaux que personne ne saurait atteindre. La plupart des chrétiens n'imitent pas le Christ, les bouddhistes sont incapables de suivre Bouddha, et la plupart des confucéens auraient provoqué une crise de rage chez Confucius.

À l'opposé, la plupart des gens, aujourd'hui, n'ont aucun mal à se hisser à la hauteur de l'idéal capitalistico-consumériste. La nouvelle éthique promet le paradis à condition que les riches restent cupides et passent leur temps à se faire du fric, et que les masses lâchent la bride à leurs envies et leurs passions, et achètent de plus en plus. C'est la première religion de l'histoire dont les adeptes font vraiment ce qu'on leur demande de faire. Mais comment savons-nous que nous aurons vraiment le paradis en retour ? Nous l'avons vu à la télévision."3

Brillant et troublant, cet essai monumental d'Harari nous montre également que l'apparente réussite de l'évolution humaine s'accompagne tout au long de l'histoire de la transformation souvent destructrice de la faune et la flore qui l'entoure, voire de l'humanité elle-même. On oscille tout au long du livre entre une admiration pour cette espèce si ingénieuse et une colère, voire un mépris pour cet animal égoïste, destructeur et orgueilleux. 

Bien que rempli de constats assez négatifs ou en tout cas de questionnements sur les buts de ces changements (ont-ils été atteints ou pas ? était-ce finalement une si bonne idée ?), on ne trouve dans cet ouvrage aucun jugement ou tentative de culpabilisation sur l'état actuel du monde. 

Outre les explications scientifiques, les théories sociales, philosophiques et économiques, l'auteur consacre également un chapitre sur le bonheur, souvent oublié dans les sciences occidentales (ce qu'il pointe d'ailleurs) et la manière ou la possibilité de le mesurer. Comment définir le bonheur ? Se posait-on la question dans l'Antiquité ? Et avant la révolution agricole ? Est-on vraiment plus heureux que nos ancêtres parce que notre savoir est plus grand et que nous vivons plus longtemps ? Harari propose une réponse intéressante, bien qu'un peu sombre.

"Le monde déconcertant d'Huxley repose sur l'hypothèse biologique que bonheur égale plaisir. Être heureux, ce n'est ni plus ni moins qu'expérimenter des sensations physiques plaisantes. Notre biochimie limitant le volume et la durée de ces sensations, il n'y a qu'un moyen de faire en sorte que les gens connaissent un niveau élevé de bonheur sur une longue période : c'est de manipuler leur système biochimique.

Certains chercheurs contestent toutefois cette définition du bonheur. Dans une étude célèbre, le prix Nobel d'économie Daniel Kahneman a demandé aux gens de raconter une journée de travail typique, épisode par épisode, en précisant chaque fois à quel point ils en concevaient plaisir ou déplaisir. Dans la façon dont les gens voient leur vie, il a découvert ce qui a tout l'air d'un paradoxe. Prenez le travail qu'implique d'élever un enfant : Kahneman observe que, si l'on compte les moments de joie et les moments fastidieux, on a l'image d'une affaire assez déplaisante qui consiste largement à changer les couches, faire la vaisselle et affronter des crises de rage - toutes choses que personne n'aime faire. Et pourtant la plupart des parents déclarent que leurs enfants sont leur principale source de bonheur. Est-ce à dire que les gens ne savent pas vraiment ce qui est bon pour eux ?

C'est une possibilité. Une autre est que ces conclusions démontrent que le bonheur n'est pas l'excédent de moments plaisants sur les moments déplaisants. Le bonheur consiste plutôt à voir la vie dans sa totalité : une vie qui a du sens et qui en vaut la peine. Le bonheur a une composante cognitive et éthique importante. "Pitoyable esclave d'un bébé dictateur" ou "éducateur affectueux d'une vie nouvelle", ce sont nos valeurs qui font la différence. "Celui qui a une raison de vivre, disait Nietzsche, peut endurer n'importe quelle épreuve ou presque." Une vie qui a du sens peut être extrêmement satisfaisante même en pleine épreuve, alors qu'une vie dénuée de sens est un supplice, si confortable soit-elle.
De tous temps, dans toutes les cultures, les gens ont éprouvé le même type de plaisirs et de peine, mais le sens qu'ils ont pu attribuer à leurs expériences a probablement varié amplement. Dès lors, l'histoire du bonheur pourrait bien avoir été beaucoup plus troublée que ne l'imaginent les biologistes. Et cette conclusion n'est pas nécessairement au bénéfice de la modernité. Évaluée minute par minute, la vie au Moyen Âge était certainement rude. Toutefois, si les hommes croyaient à la promesse d'une félicité éternelle après la mort, leur vie pouvait leur paraître bien plus riche de sens et précieuse qu'aux modernes sécularisés qui n'ont d'autre espoir à long terme qu'un oubli total et vide de sens. À la question "Êtes-vous satisfait de votre vie dans son ensemble?", les gens du Moyen Âge auraient sans doute apporté une réponse très positive dans le questionnaire sur le bien-être subjectif.

Nos ancêtres étaient-ils donc heureux parce qu'ils trouvaient un sens à la vie dans des illusions collectives sur l'au-delà ? Oui. Tant que personne ne ruina leurs chimères, pourquoi pas ? D'un point de vue scientifique, pour autant qu'on puisse le dire, la vie humaine n'a absolument aucun sens. Les hommes sont le résultat de processus évolutifs aveugles qui n'ont ni fin ni but. Nos actions ne relèvent pas d'un plan divin cosmique. Si la planète Terre devait sauter demain matin, probablement l'univers suivrait-il son cours comme à l'ordinaire. Pour autant qu'on puisse le dire à ce stade, la subjectivité humaine ne manquerait pas. Dès lors, tout sens donné à la vie n'est qu'une illusion. Chercher un sens à sa vie dans l'au-delà, comme au Moyen Âge, n'était pas plus illusoire que de le trouver dans l'humanisme, le nationalisme ou le capitalisme à l'instar des modernes. L'homme de science qui dit que sa vie a du sens parce qu'il augmente le savoir humain, le soldat qui déclare que sa vie a du sens parce qu'il se bat pour défendre sa patrie, et l'entrepreneur qui trouve du sens dans le lancement d'une nouvelle société ne s'illusionnent pas moins que leurs homologues du Moyen Âge qui trouvaient du sens dans la lecture des Écritures, les Croisades ou la construction d'une nouvelle cathédrale.

Peut-être le bonheur consiste-t-il alors à synchroniser ses illusions personnelles de sens avec les illusions collectives dominantes. Dès lors que mon récit personnel est au diapason des récits de mon entourage, je puis me convaincre que ma vie a du sens et trouver mon bonheur dans cette conviction.
C'est une conclusion très déprimante. Faut-il vraiment s'illusionner pour être heureux ?"4

Il est difficile de faire le tour d'un tel essai dans un aussi petit texte mais ce livre regorge de questions pertinentes, de réponses intelligentes, de mises en perspective et de nouveaux regards sur des interrogations vieilles comme le monde, tous liés par le fil conducteur d'une proposition de circonscription de ce qui fait de l'espèce humaine ce qu'elle est et comment elle en est arrivée à sa présente situation.

A lire, absolument.

http://www.moliere.com/fr/harari-yuval-noah-sapiens---une-breve-histoire-de-l-humanite-9782226257017.html

1 Harahi, Yuval Noah, Sapiens, Albin Michel, 2015, p.39-40

2 Ibidem, p.58-60

3 Ibidem, p.178-179

4 Ibidem, p.407-409

16avr/130

Le sociologue Raymond Boudon s’est éteint

Le sociologue Raymond Boudon sest éteint : actualités - Livres Hebdo

L’auteur de L’inégalité des chances est décédé à l’âge de 79 ans.

Le grand sociologue Raymond Boudon est mort le 10 avril à Paris. Né en 1934, normalien, membre de l’Institut, il avait effectué la majeure partie de sa carrière à l’université Paris-Sorbonne et contribué à la réflexion sociologique française de ces dernières décennies.

Son livre majeur, L'inégalité des chances : la mobilité sociale dans les sociétés industrielles, devenu un classique de la sociologie, avait suscité le débat à sa sortie en 1973 car il mettait notamment en cause les capacités de l’école à réduire les inégalités. Il a été réédité en 2011 chez Pluriel.

Cet ouvrage «a donné d’emblée le style de Boudon, fait de clarté, de simplicité et de rigueur analytique, à l’abri de toute envolée lyrique ou de tout recours à des concepts obscurs et grandiloquents», selon le sociologue Pierre Demeulenaere dans un communiqué des Presses universitaires de France, où est paru l'essentiel de l'oeuvre de Raymond Boudon.

Les Puf avaient récemment réédité 4 de ses titres dans la collection «Quadrige» : Effets pervers et ordre social ; La rationalité ; Croire et savoir : penser le politique ; le moral et le religieux et Dictionnaire critique de la sociologie.

Parmi les ouvrages de Raymond Boudon encore disponibles, on peut également citer L'idéologie ou L'origine des idées reçues (Points, 2011), La sociologie comme science (La Découverte, 2010),  Le juste et le vrai (Pluriel, 2009), Le relativisme («Que sais-je ?», 2008) et Les méthodes en sociologie («Que sais-je ?»), 2012.

via Le sociologue Raymond Boudon sest éteint : actualités - Livres Hebdo.

11mai/120

Saint-Maman

Oyez, oyez les enfants!

Voici venu le temps de fêter votre maman. Mais malheureusement pour vous, vous avez passé l'âge des colliers de nouilles, des porte-bics en rouleaux de papier toilette, des cendriers en pâte à sel et autres bricolages dans lesquels resplendissait votre créativité et qui  arrachaient un sourire ému à votre maman.  Heureusement, aujourd'hui, Molière est là pour vous sauver la vie.

Même si, évidemment, votre maman sera toujours heureuse de humer les pages des livres de cuisine, de ménage et autres romans d'amour qui exaltent sa féminité ;  si vous désirez cette année battre le petit dernier de la famille qui trouve toujours le cadeau idéal et vous vole toujours la vedette, voici déjà quelques idées pour vous donner l'inspiration :

Pour la maman psychopathe :

  • "Au delà du mal" (S. Stevens ; Sonatine ; 26,40 €)
  • "Le dévouement du suspect X " (K. Higashino ; Actes Sud ; 21,30 €)
  • "L'Invisible" (R. Pobi ; Sonatine ; 23,95 €)

Pour la maman vampire :

  • "Dark Shadows" (L. Parker ; M. Lafon ; 21,40 €)
  • "Entretien avec un vampire" (A. Rice ; Plon ; 21.40 €)
  • "Le livre perdu des sortilèges" (D. Harkness ;  Livre de Poche ; 9.50 €)

Pour la maman romantique :

  • "Les lettres du mercredi" (J. F. Wright ; City ; 8.30 €)
  • "La vie et moi" (C. Ahern ; Flammarion ; 19.90 €)
  • "La vie romantique d'Alice B" (M. Gideon ; Fleuve Noir ; 22.70 €)

Pour la maman historienne :

  • "Femmes de dictateur 2" (D. Ducret ; Perrin ; 23.70 €)
  • "Isis l'éternelle" (F. Quentin ; A. Michel ; 21 €)

Pour la maman "alternative" :

  • "Le guide de l'amateur de Malt whisky" (M. Jackson ; Solar ; 33,70 €)
  • Cigares (G. Tesson ; Hachette ; 28,20 €)

Pour la maman psychologue :

  • "Opération bonheur" (G. Rubin ; Belfond ; 21,70 €)
  • "De l'Amour" (R. Vaneigem ; Cherche- Midi ; 21,65 €)

Pour la maman dépassée :

  • "J'ai tout essayé "(I. Filliozat et A. Dubois ; Lattès ; 19,65 €)
  • "Calme et attentif comme une grenouille" (E. Snel ; Arènes ; 24,80 €)

Pour la maman bédéphile

  • "Une nuit à Rome" (Jim ; Bamboo ; 18.20 €)
  • "Restons calmes" (S. Bravi ; Casterman ; 15.00 €)

 Si votre maman ne  possède aucun de ces traits distinctifs, car -  comme chaque enfant le sait -  elle est unique, Molière pourra vous aider à trouver encore un million d'idées et dénicher le cadeau parfait pour l'auteur de vos jours.

Alors, plus de temps à perdre, foncez nous voir !

23mar/120

"Les hasard nécessaires" de Jean-François VEZINA

Nous faisons tous l'expérience de coïncidences qui nous déroutent parce qu'elles semblent résolument tourner le dos au hasard, comme si les circonstances qui surviennent à des moments précis de notre vie étaient orchestrées dans un but qui échappe à notre conscience. Nous avons tous rencontré "par hasard" des personnes qui se sont mystérieusement trouvées sur notre route et qui en ont modifié radicalement la trajectoire.

Qu'est-ce qui nous prédispose à de telles rencontres ? Pouvons-nous supposer que nous avons affaire à des messages de l'inconscient qui franchissent, de façon fulgurante, les portes du réel ?

Inspiré par le concept de synchronicité du psychiatre suisse Carl Gustav Jung, et à la lumière de métaphores tirées de la théorie du chaos, ce livre parcourt en toute liberté de nouvelles voies de compréhension reliées à la passionnante question de la synchronicité relationnelle.

24fév/120

Platon était-il communiste?

ou «La République» remixée par Alain Badiou.

Ici, le gardien de la cité devient le «militant», le dieu est le «Grand Autre» (terme emprunté à Lacan), l'âme se dit le «Sujet» et le mythe de la caverne se transforme en cinéma géant.

Œuvre maîtresse de Platon, «la République» est ce dialogue dans lequel Socrate, cherchant la définition de la justice, imagine une cité où régneraient les philosophes. Alain Badiou a passé six ans à le traduire à sa façon, mélange d'érudition et d'anachronismes réjouissants.

On rit souvent, on admire la virtuosité, on se prend au jeu. Que nous apporte le Vrai? Qu'est-ce qu'une cité juste? Platon énumère les régimes, chacun étant fondé sur une passion spécifique qui le conduit à sa perte. La démocratie?

"On dirait que les surfaces vitrées des immeubles répercutent partout dans la ville la même rumeur, conflictuelle en apparence, consensuelle en réalité: «Je suis en tout cas libre de dire n'importe quoi."

Le tyran?

"Il banquette, il baise, il fume, il boit. Sa vie est un abîme de bassesse et de servilité. Il passe son temps à flatter des gens de sac et de corde."

On se croirait devant les informations du soir, avec Poutine, la finance mondiale et le mensonge généralisé. L'enjeu du débat, c'est bien sûr «notre futur pays communiste». Ceux qui détestent Badiou pointeront son refus obstiné (et à vrai dire incompréhensible) de dénoncer comme tels les crimes du stalinisme ou du maoïsme. Mais l'essentiel est ailleurs, dans le mystère d'un texte fondateur de la philosophie occidentale et qui contredit pourtant toutes nos croyances actuelles.

Pour Badiou, ennemi du relativisme postmoderne, Platon est le penseur de l'«accès à l'absolu». Bien avant lui, en 1977, dans «Nous l'avons tous tué ou "Ce juif de Socrate!..."», Maurice Clavel, autre intellectuel marqué par le maoïsme (mais qui s'en était éloigné), confronté à la critique de la Raison par les nouveaux philosophes, avait réveillé la pensée platonicienne comme « option sur l'absolu ».

L'absolu, donc, mais lequel ? Au chapitre 6, Badiou dit que, dans la cité communiste, les individus auront accès à la Vérité, parce que c'est le savoir suprême. Sauf que, dans la traduction classique, au même passage, le savoir suprême se révèle être « le Bien» (1). Ca change pas mal de choses: alors que le Vrai a tendance à tomber du ciel, l'idée de «Bien» ouvre plus facilement à une discussion démocratique.

Certes, Platon détestait la démocratie. Mais, dans le mythe de la caverne, si les prisonniers prennent les images pour la réalité, c'est parce qu'ils n'ont pas la «possibilité de discuter les uns avec les autres». Alors, le Vrai ou le Bien? Chacun jugera, mais Badiou aura atteint son but: rendre vivante la «République».

par Eric Aeschimann

La République de Platon,
par Alain Badiou,
Fayard, 596 p., 28,05 €.

(1) «OEuvres complètes de Platon», sous la direction de Luc Brisson, Flammarion, 2011.

Via Bibliobs

24fév/120

L’inculture des lettrés

Les gens ont tendance à prêcher pour leur paroisse, les littéraires plus que les autres. Un littéraire ne peut concevoir qu'on puisse vivre sans lire. Mais il lui vient rarement à l'esprit que de vivre sans connaître les principes élémentaires de la physique, des mathématiques ou de la chimie peut être tout aussi affligeant. Il dénonce sans cesse le peu d'espace médiatique accordé à «sa» culture, il oublie qu'il partage cette disette avec les sciences, tout aussi absentes dans le discours public.

Voilà ce qui consterne Normand Baillargeon, auteur de l'essai Liliane est au lycée qui pose cette question provocatrice: est-il indispensable d'être cultivé? Ce qu'interroge en fait l'essayiste est cette idée que l'on se fait de la fameuse culture générale réduite uniquement au champ des sciences humaines, et cette frontière entre les humanités et les sciences. Il fut un temps où l'homme dit cultivé couvrait tous les champs du savoir - Léonard de Vinci en est l'exemple parfait - mais le monde complexe d'aujourd'hui exige des spécialistes, ce qui rend difficile l'ambition d'un savoir universel.

Certains lettrés apprendront dans ce livre un nouveau mot: innumérisme. C'est l'équivalent de l'illettrisme, mais dans le domaine des maths. Et parions qu'un nombre assez important de gens cultivés ont des maths une connaissance qui ne dépasse pas celles d'un élève de 6e année. Et pas seulement des maths, d'ailleurs. Malgré les progrès techniques et scientifiques qui ont complètement transformé nos modes de vie au XXe siècle, nous avons beau nous sentir modernes et branchés avec nos gadgets, notre culture scientifique n'a pas beaucoup évolué depuis le Moyen Âge. Cela ne vous empêchera pas d'écrire une chronique littéraire tous les samedis dans un grand quotidien, remarquez, mais cela devrait vous ramener à l'humilité nécessaire lorsqu'il est question de culture.

On voit souvent, dans les débats télévisés, ces affrontements entre des spécialistes et des gens cultivés, dont les grandes idées humanistes viennent se fracasser contre le mur imperturbable des chiffres, dans un dialogue de sourds. Les sciences pures contre les idées impures en raison de leur imprécision même, qui peut mener aux pires dérapages, en quelque sorte.

Difficile, lorsque nous n'avons pas les outils pour décoder les discours, de savoir qui nous jette de la poudre aux yeux. Brandir des chiffres fait plus sérieux, brandir le poing fait plus sincère. Mais comment savoir, lorsqu'on est dans l'illettrisme ou l'innumérisme, qui dit vrai et qui dit faux? Nous répétons, lors de débats improvisés dans nos salons, des arguments formulés par des «spécialistes» que nous n'avons pas toujours les moyens d'évaluer.

Dans la partie de son essai où Normand Baillargeon critique la «culture générale», il y a cette constatation: «Vous saurez d'emblée, une fois cultivé, ce qu'il faut dire, sentir et penser sur une quantité de sujets. L'indice que vous avez de la culture générale serait alors, en somme, curieux paradoxe, qu'elle vous dispense de penser».

Bref, la culture générale est malheureusement trop souvent une espèce de code qui vous permet de briller dans les sociétés où vous voulez vous insérer. Ce devrait être plus que ça, selon Baillargeon. Cela ne devrait pas nous rendre aussi dociles, aussi désireux d'être accepté dans un groupe, et certainement pas snob. La culture générale devrait plutôt nous transformer, élargir notre vision du monde, nous rendre meilleurs. Pas dans le sens de «meilleur de la gang», mais meilleur comme être humain.

Entendu

« Ça ne va pas si mal: le chaos progresse.»

Victor-Lévy Beaulieu, lors de son discours de remerciements, lundi dernier, à la remise du prix Gilles-Corbeil pour l'ensemble de sa carrière.

par Chantal GUY, La Presse

via LaPresse.ca

24fév/120

L'inculture des lettrés

Les gens ont tendance à prêcher pour leur paroisse, les littéraires plus que les autres. Un littéraire ne peut concevoir qu'on puisse vivre sans lire. Mais il lui vient rarement à l'esprit que de vivre sans connaître les principes élémentaires de la physique, des mathématiques ou de la chimie peut être tout aussi affligeant. Il dénonce sans cesse le peu d'espace médiatique accordé à «sa» culture, il oublie qu'il partage cette disette avec les sciences, tout aussi absentes dans le discours public.

Voilà ce qui consterne Normand Baillargeon, auteur de l'essai Liliane est au lycée qui pose cette question provocatrice: est-il indispensable d'être cultivé? Ce qu'interroge en fait l'essayiste est cette idée que l'on se fait de la fameuse culture générale réduite uniquement au champ des sciences humaines, et cette frontière entre les humanités et les sciences. Il fut un temps où l'homme dit cultivé couvrait tous les champs du savoir - Léonard de Vinci en est l'exemple parfait - mais le monde complexe d'aujourd'hui exige des spécialistes, ce qui rend difficile l'ambition d'un savoir universel.

Certains lettrés apprendront dans ce livre un nouveau mot: innumérisme. C'est l'équivalent de l'illettrisme, mais dans le domaine des maths. Et parions qu'un nombre assez important de gens cultivés ont des maths une connaissance qui ne dépasse pas celles d'un élève de 6e année. Et pas seulement des maths, d'ailleurs. Malgré les progrès techniques et scientifiques qui ont complètement transformé nos modes de vie au XXe siècle, nous avons beau nous sentir modernes et branchés avec nos gadgets, notre culture scientifique n'a pas beaucoup évolué depuis le Moyen Âge. Cela ne vous empêchera pas d'écrire une chronique littéraire tous les samedis dans un grand quotidien, remarquez, mais cela devrait vous ramener à l'humilité nécessaire lorsqu'il est question de culture.

On voit souvent, dans les débats télévisés, ces affrontements entre des spécialistes et des gens cultivés, dont les grandes idées humanistes viennent se fracasser contre le mur imperturbable des chiffres, dans un dialogue de sourds. Les sciences pures contre les idées impures en raison de leur imprécision même, qui peut mener aux pires dérapages, en quelque sorte.

Difficile, lorsque nous n'avons pas les outils pour décoder les discours, de savoir qui nous jette de la poudre aux yeux. Brandir des chiffres fait plus sérieux, brandir le poing fait plus sincère. Mais comment savoir, lorsqu'on est dans l'illettrisme ou l'innumérisme, qui dit vrai et qui dit faux? Nous répétons, lors de débats improvisés dans nos salons, des arguments formulés par des «spécialistes» que nous n'avons pas toujours les moyens d'évaluer.

Dans la partie de son essai où Normand Baillargeon critique la «culture générale», il y a cette constatation: «Vous saurez d'emblée, une fois cultivé, ce qu'il faut dire, sentir et penser sur une quantité de sujets. L'indice que vous avez de la culture générale serait alors, en somme, curieux paradoxe, qu'elle vous dispense de penser».

Bref, la culture générale est malheureusement trop souvent une espèce de code qui vous permet de briller dans les sociétés où vous voulez vous insérer. Ce devrait être plus que ça, selon Baillargeon. Cela ne devrait pas nous rendre aussi dociles, aussi désireux d'être accepté dans un groupe, et certainement pas snob. La culture générale devrait plutôt nous transformer, élargir notre vision du monde, nous rendre meilleurs. Pas dans le sens de «meilleur de la gang», mais meilleur comme être humain.

Entendu

« Ça ne va pas si mal: le chaos progresse.»

Victor-Lévy Beaulieu, lors de son discours de remerciements, lundi dernier, à la remise du prix Gilles-Corbeil pour l'ensemble de sa carrière.

par Chantal GUY, La Presse

via LaPresse.ca

18fév/120

Apocalypse : destruction ou révélation ?

Dans notre monde soumis à des bouleversements intenses, les prédictions « apocalyptiques » sont à la mode. Pourtant la plus célèbre des apocalypses, celle de Jean, que les prophètes de malheur aiment à solliciter, a-t-elle pour visée de nourrir nos angoisses et nos phobies ? Pour Jean-Yves Leloup, la révélation de ce qui arrive, de ce qui vient, peut être vue dans différentes lumières, et c'est à un regard ni résigné ni effrayé devant les événements que nous invite l'Apocalypse de Jean.

À travers une traduction inédite et un commentaire abondant de ce texte fondamental de la spiritualité universelle, Jean-Yves Leloup, à qui l'on doit déjà une remarquable traduction de l'Evangile de Jean et des Evangiles apocryphes de Thomas, Philippe et Marie, nous fait porter un autre regard sur le monde présent et à venir. Jean-Yves Leloup est docteur en philosophie, psychologie et théologie, écrivain, conférencier, dominicain puis prêtre orthodoxe.

L'Apocalypse de Jean, Jean-Yves Leloup, Albin Michel, 2011

17fév/120

Vivre aujourd’hui avec des philosophes ?

Que peut nous apprendre Homère sur la nature véritable du héros ? La paix de l'âme vient-elle de l'absence de troubles (Epicure) ou du fait de se dire que nous ne sommes responsables que de notre volonté, le reste n'étant pas de notre ressort (Epictète) ? En quoi Socrate peut-il nous aider à penser ?

C'est à travers un très beau voyage à travers l'histoire de la pensée antique que Roger-Pol Droit, philosophe et chercheur au CNRS nous invite à nous questionner sur ce qui fonde l'existence : vivre, s'émouvoir, penser, gouverner, mourir. Rédigé de manière claire et très explicite, ce livre est en outre accessible à un large public, tant philosophe averti que grand débutant !

« Vivre aujourd'hui avec Socrate, Epicure, Sénèque et tous les autres »,Roger-Pol DROIT chez Odile Jacob poche, 2012 – 8,40 euros