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22fév/120

La vocation de libraire à l’ère numérique

Il suffit maintenant de quelques clics pour acheter un livre en ligne. On peut aussi se passer du vénérable objet de papier et lire sur son téléphone, une liseuse ou autre tablette électronique. Mais la surface froide d'un écran ne remplacera jamais l'intelligence et les conseils d'un bon libraire.

Morgane Marvier, libraire depuis six ans à la Librairie Monet, a su qu'elle avait la vocation après un détour par les univers cousins de l'édition et de la bibliothèque. Française, documentaliste de formation, elle est tombée amoureuse du Québec lors d'un premier séjour pour un stage chez un éditeur. Elle est revenue quelques années plus tard avec une idée claire: faire carrière en librairie.

«C'est un métier où l'on apprend tous les jours, dit-elle. Il faut avoir une vaste culture générale et une bonne connaissance de l'actualité. J'aime mon métier pour l'échange avec les clients. C'est une façon de partager ce qu'on aime. Quelqu'un qui me revient en disant avoir adoré le livre que je lui ai conseillé, il n'y a rien de plus génial!»

Elle-même grande lectrice, elle est passionnée de romans policiers, au point de créer un blogue sur le sujet, Carnets noirs. D'ailleurs, il faut avoir un petit côté détective pour être libraire, et aimer fouiller, car ce que le client demande n'est pas toujours évident. Comme cette dame charmante qui cherchait un polar, Les souliers écossais.

«En fait, c'était plutôt Les chaussures italiennes!», raconte la jeune femme en riant.

L'anecdote est révélatrice: les moteurs de recherche ne sont pas près de remplacer la perspicacité humaine.

Un professionnel reconnu

«Un bon libraire est un éclaireur. Il fait faire des découvertes à ses clients. Aujourd'hui, on peut acheter des livres partout: sur l'internet, dans les grandes surfaces, les pharmacies... Pour lutter contre cette concurrence, le libraire doit être créatif et rendre sa relation avec le client importante», dit Isabelle Gaudet-Labine, coordonnatrice à la formation continue au Conseil québécois des ressources humaines en culture (CQRHC).

Sans le libraire, la «bibliodiversité» est menacée, ajoute-t-elle. «Il assure la diffusion de livres de diverses origines, de maisons d'édition, d'oeuvres et d'auteurs moins connus, bref, tout ce qui passe sous l'écran radar des médias de masse. Ce n'est pas un site internet qui peut faire ça».

Avec l'Association des libraires et d'autres intervenants, le CQRHC a mis sur pied un programme d'apprentissage en milieu de travail pour mieux former les libraires qui le désirent et leur permettre d'acquérir davantage de reconnaissance professionnelle. À la fin du programme, les libraires reçoivent un certificat de compétences du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Le CQRHC donne des outils pédagogiques aux libraires expérimentés pour qu'ils deviennent compagnons et transmettent leurs connaissances aux apprentis, sur les lieux de travail.

«Depuis septembre 2007, nous en sommes à 83 libraires certifiés. C'est un résultat quand même satisfaisant pour un métier qui n'avait aucune tradition de formation reconnue au Québec», dit Mme Gaudet-Labine.

Morgane Marvier, elle-même compagnon, a déjà formé quatre apprentis libraires.

«En France, le métier de libraire est clairement reconnu et nécessite une formation académique, dit-elle. Quand on m'a parlé du projet, j'ai accepté tout de suite, car j'ai constaté qu'ici, ce n'était pas aussi reconnu. Le programme permet de répandre le métier partout au Québec. Ceux qui sont passés par le programme vont pouvoir en former d'autres.»

Une formation structurée qui se substitue à la formation «sur le tas», sans que l'on soit obligé de passer par les bancs d'école. Pour obtenir leur certificat, les apprentis doivent maîtriser certaines compétences obligatoires.

Par exemple, ils doivent savoir utiliser toutes les ressources de la librairie et le système de classement des livres, accueillir et conseiller les clients, et être capables d'aménager une aire de vente selon un concept de présentation.

«Ils apprennent en étant confrontés à des situations réelles, dit Morgane Marvier. À la fin de leur apprentissage, on leur demande de créer une grande vitrine thématique. Ils doivent choisir un thème, faire des recherches, commander les bons livres, trouver des objets décoratifs et installer le tout.»

Car s'il transmet la culture, le libraire doit aussi savoir vendre. Il en va de la survie de son commerce.

«Le défi actuel du libraire est de créer un lieu où les gens ont le goût d'aller et où il fait bon passer du temps, dit Isabelle Gaudet-Labine. Il doit organiser des clubs de lecture, des expositions, des rencontres avec les auteurs. C'est aussi cela qui distingue la librairie des autres endroits où l'on vend des livres.»

Caroline Rodgers, collaboration spéciale LA PRESSE

via La Presse.ca

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