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18mai/160

Boy Howdy

 

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Craig Johnson a étudié la littérature (il a un doctorat en art dramatique), a enseigné mais a aussi entre autres exercé les professions de chauffeur de camion, policier, pêcheur professionnel, rancher ou charpentier. S'il a beaucoup voyagé dans sa jeunesse, il vit maintenant avec sa femme dans leur ranch du Wyoming, à Ucross, aux pieds des Bighorn Mountains.

C'est cette expérience riche et une grande culture qui donnent à ses personnages l'épaisseur qu'on leur connait, à ses paysages, leur beauté, et qui rend ses ambiances si prégnantes. Il a également un vrai talent pour les dialogues : toujours justes et bien dosés, ils donnent à ses romans un rythme prenant qui nous pousse à ne fermer ses livres qu'une fois terminés.

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Il a publié aux Etats-Unis en 2005 le premier tome de sa série sur les aventures du shérif Walt Longmire. Son succès ne se dément pas depuis.

La narration est très particulière et les récits se construisent sur un court laps de temps, quelques jours pour la plupart voire quelques heures comme dans Steamboat par exemple. Néanmoins, l'auteur arrive à construire des personnages très crédibles et denses.

Dans Little Bird, le premier tome de la série, on fait la connaissance de Walter Longmire, shérif depuis 24 ans dans le comté d'Absaroka (comté imaginaire du Wyoming). Il vit seul depuis que sa femme Martha est décédée d'un cancer quelques années plus tôt et que sa fille Cady est partie à Philadelphie où elle y est avocate. A l'instar de son auteur, Walt est très cultivé et amoureux des Lettres, son bureau se situe dans l'ancienne bibliothèque de la ville et il n'est pas avare de citations ou références culturelles de toutes nationalités, classiques ou contemporaines.

Autour de lui gravitent les personnalités fortes de Victoria Moretti, son adjointe et Henry Standing Bear, son ami d'enfance. Vic vient de la ville et est catapultée dans cette petite bourgade du Wyoming, sous les ordres de Walt. Elle est intelligente, drôle, mordante, sarcastique et a très mauvais caractère. Son sens du répondant est une des sources de l'humour caustique que l'on trouve dans cette série. Henry lui est comme son nom l'indique, un véritable roc dans la vie de Walt. Droit, calme, il est une voix particulière qui amène souvent au shérif d'autre solutions. Walt l'appelle ironiquement La Nation Cheyenne mais sans doute grâce à lui, il est familier de la culture cheyenne et de sa spiritualité. Sans vraiment chercher un sens rationnel à ses expériences, il a été face à des événements inexplicables, des visions, des bruits de tambour, ou des sons, lui permettant souvent de sauver sa vie.

A travers la relation forte entre Walt et Henry, comme dans celle, tendue, que le shérif entretien avec la police tribale, on peut sentir la tension encore très présente entre les Premières Nations et les blancs qui, rappelons-le, ont pillé et volé les terres des autochtones et les ont parqués dans des réserves où le taux de chômage n'a d'équivalent que le taux de familles vivant sous le seuil de pauvreté. Loin pourtant d'être moralisateurs ou victimisants, les romans de Johnson font état de cette tension sans trop de parti pris pour l'un ou l'autre mais plutôt en évocation, dans toute la complexité que cette situation engendre pour les gens des réserves mais aussi les habitants des alentours, les points positifs comme les négatifs. Comme dans beaucoup d'épisodes regrettables de l'Histoire, il s'agit aussi de deux cultures radicalement différentes qui tentent de vivre ensemble.

D'autres personnages récurrents viennent compléter le tableau : Ruby, la secrétaire de Walt, Lucian Connally, l'ancien shérif avec qui il joue aux échecs dans la maison de retraite dans laquelle le retraité s'est installé, Dorothy, la patronne du café Busy Bee, Ferg, le policier un peu maladroit ou bien entendu, le Chien.

Meurtre d'une jeune autochtone, récit-flashback historique ou course-poursuite avec prisonnier évadé, Craig Johnson ne se cantonne pas à un seul registre et ne suit pas une série d'enquêtes rondement menées et répétées à l'infini. Chaque récit éclaire un ou plusieurs personnages d'une lumière différente, tournant toujours autour de Walt, bien sûr. Et même s'ils ne sont pas équipés des dernières technologies, le shérif et ses adjoints parviennent à gratter le vernis d'évidence qui pointe un accusé idéal pour se plonger dans la nuance de toutes les affaires qu'ils résolvent. Craig Johnson arrive à allier l'adrénaline des thrillers avec un humour mordant et il se dégage de son personnage de Walter Longmire une grande humanité.

En 2012, A&E a adapté les livres de Johnson dans une série appelée « Longmire » qui bien que différente dans sa forme (les impératifs de la télé étant différents des romans, comparons ce qui est comparable) et dans le destin de certains personnages secondaires, l'esprit reste fidèle à celui du livre. La seule chose à regretter est que Vic est peut-être un chouïa moins mordante que dans la version papier. A&E en 2014 a vendu les droits à Netflix qui a produit une quatrième saison et reconduit la série pour une cinquième.

Craig Johnson écrit chaque année, pour Noël, une nouvelle qu'il offre gratuitement à ses lecteurs sous forme de PDF, que Sophie Aslanides traduit pour les éditions Gallmeister qui les met à son tour à disposition des lecteurs francophones. Des versions papier sont également disponibles en librairie aux moments des fêtes de fin d'année.

Vous pouvez donc découvrir les nouvelles sur le site de l'éditeur, en espérant que vous serez aussi conquis que moi : http://www.gallmeister.fr/auteurs/fiche/15/craig-johnson

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